Le sport à la TV deviendra-t-il un produit de luxe?


Les retransmissions sportives font couler beaucoup d’encre en Suisse depuis de nombreuses années. Le succès de Swisscom TV est d’ailleurs en grande partie dû à l’offre sportive disponible exclusivement sur le réseau du géant bleu au travers de sa filiale Cinetrade. Ce n’est pas un hasard si ces exclusivités font l’objet d’une enquête de la COMCO dont son secrétariat demande d’infliger à Swisscom une amende de 143 millions de francs pour comportement illicite dans la commercialisation de contenus sportifs au travers de la télévision payante.

Même si à mon avis promouvoir la concurrence sur les infrastructures n’a plus aucun sens si en bout de chaîne il n’existe pas de concurrence sur les services, je trouve les attaques contre Swisscom un peu faciles. Swisscom TV n’existe que depuis 2006 et rien n’empêchait les acteurs de la branche d’investir eux aussi dans le sport pour proposer des contenus exclusifs. Vu les prix exigés par les fédérations – rien qu’avec le foot et le hockey suisse on atteint déjà les 40 millions uniquement pour les droits – il ne faisait aucun doute pour moi jusqu’à présent que lorsque Swisscom estimerait avoir gagné suffisamment de clients sur son réseau il allait également proposer tout le sport à ses concurrents et ce avant qu’une décision ferme de la COMCO ne tombe. Pour rentabiliser les investissements, il faut qu’un maximum de clients puissent y avoir accès et un client Swisscom ne va pas partir à la concurrence simplement parce que le sport y est maintenant également disponible.

SUISSEDIGITAL a tout à fait les moyens de se battre
Mais voilà, un communiqué de presse publié hier par SUISSEDIGITAL, l’association des téléréseaux risque bien de venir quelque peu chambouler les choses. Pilotée en sous-marin par UPC-Cablecom, SUISSEDIGITAL annonce que les 200 téléréseaux du pays vont se battre pour obtenir les droits de retransmission du sport en direct. Non seulement les téléréseaux disposent de beaucoup plus de clients que Swisscom en télévision mais qui plus est, UPC appartient à Liberty Global, l’un des plus grands câblo-opérateurs du monde; il ne fait par conséquent aucun doute que SUISSEDIGITAL à non seulement les moyens pour acquérir les droits sportifs en Suisse mais il pourrait en parallèle bénéficier de conditions beaucoup plus intéressantes que Swisscom pour le sport international en négociant les droits non seulement pour la Suisse mais pour un ensemble de pays où UPC est présent (voir illustration ci-contre).

Pour UPC-Cablecom et pour tous les autres téléréseaux le calcul est vite fait, un client qui migre aujourd’hui vers un fournisseur tel que Swisscom pour des exclusivités sportives devient également client Internet, voire téléphone; chaque client représente ainsi grosso modo au minimum 1000 francs par an de perdu ou de gagné pour le fournisseur.

Pour le consommateur le calcul sera moins simple et certainement moins attractif. Si aujourd’hui en choisissant Swisscom, le client sait qu’il pourra bénéficier de l’offre la plus complète au niveau sport ce ne sera plus forcément le cas à l’avenir selon les disciplines qui l’intéressent. Au final, un fervent amateur de sport risque bien de devoir conclure un abonnement avec son téléréseau pour le hockey et avec Swisscom pour le foot par exemple. Sans même parler du risque de voir les prix augmenter rapidement vu qu’avec plus de concurrence pour l’achat des droits, les prix vont également augmenter.

© pascal martin (c)

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3 commentaires

  1. On remarquera que la SFL a aussi lancé son appel d’offre http://www.sfl.ch/fr/sfl/medias-marketing/medias/droits-mediatiques/droits-mediatique/

    On y apprend que

    La SFL met au concours plusieurs paquets de droits (parmi lesquels différentes diffusions en direct). Le but de ce découpage par paquets de droits exclusifs comme de droits non exclusifs est de toucher un maximum d’opérateurs et de permettre la diffusion la plus large possible, par différents canaux et écrans, des rencontres des deux catégories de football professionnel de Suisse.

    Donc on se dirige comme en France avec un découpage de droits et ca montre le pourquoi du comment de l’enthousiasme de Suisse Digital.

    Ca m’étonnerait pas que se soit sur le même principe pour le hockey 😉

  2. Le sport à la carte doit être disponible via tous les canaux, tout comme Canal+ ou Netflix dont l’abonnement peut être conclu que l’ont soit chez un cablos ou un telcos.

    Ces exclusivités cela doit cesser, ou alors le législateur y met un de l’ordre.

    En cas d’acceptation de l’initiative anti Billag, cela deviendra encore plus d’actualité vu que le service publique suisse aura disparu, et que les TV et diffuseurs étrangers se partageront l’entier du gâteau audiovisuelle suisse.

  3. « un client Swisscom ne va pas partir à la concurrence simplement parce que le sport y est maintenant également disponible. »

    Au contraire, personnellement j’attends que l’offre sportive suisse soit disponible chez la concurrence pour revoir mon choix de l’opérateur. Et si ce choix avait été disponible il y a 5 ans, je ne serais certainement pas passé de cablecom à swisscom…

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