Politique: la LTC doit-elle défendre les intérêts des opérateurs ou des consommateurs?

Alors que le Conseil fédéral a adopté hier le message sur la révision partielle de la loi sur les télécommunications (LTC) on assiste ce matin à un retournement de veste spectaculaire d’UPC et des autres câblo-opérateurs membres de Suissedigital.

Jusqu’à aujourd’hui, lorsque l’on parlait de régulation et de révision de la LTC, on retrouvait d’un côté les opérateurs disposant de leur propre réseau, c’est à dire Swisscom et l’ensemble des téléréseaux et de l’autre tous les opérateurs télécoms (Sunrise, VTX, etc).

Mais ça c’était avant, étonnamment aujourd’hui les téléréseaux dont UPC en tête se retrouvent dans le camp adverse, c’est à dire celui des opérateurs télécoms ne disposant pas de leur propre réseau comme par exemple Sunrise, Salt, VTX, etc. Dans leur communiqué commun avec les Sunrise, etc Suissedigital affirme aujourd’hui exactement le contraire que lors des dernières discussions sur la révision de la LTC, lisez les deux communiqués, c’est édifiant. Et étonnement, pas plus tard que cet été Suissedigital affirmait que si les zones rurales bénéficient du haut-débit c’est grâce à leurs réseaux, si c’est le cas pourquoi exiger un accès régulé au réseau Swisscom?

Qu’est-ce qui a donc changé en quelques années? Disons que le plus grand changement concerne le déploiement de la fibre optique par les villes et les entreprises électriques. La poule aux oeufs d’or s’est transformée en un monumental fiasco! Dans plusieurs villes, les dizaines de millions investis dans le FTTH figurent aujourd’hui au bilan avec une valeur tout simplement de zéro francs. Si les investissements se sont pas rentables dans les zones denses comment pourrait-on même imaginer qu’ils ne le soient ailleurs?

Aujourd’hui, suite aux erreurs stratégiques de ceux qui pensaient se faire de l’argent facile, plus personne ne veut investir dans les infrastructures et Swisscom joue le rôle du coupable idéal.

Sauver artificiellement un business non rentable sur le dos des consommateurs
Malgré la LTC actuelle, Sunrise utilise aujourd’hui sur l’ensemble du pays le réseau Swisscom; il en va de même pour UPC qui sur Lausanne par exemple offre ses services au nez à la barbe de son partenaire les SIL en utilisant également le réseau du soi-disant grand méchant monopoliste Swisscom. Comment dire dans ces conditions que le marché ne fonctionne pas?

Si aujourd’hui l’ensemble de la branche se ligue contre Swisscom c’est pour deux raisons principales:

1) Ils estiment à tort que la concurrence sur les infrastructures ne fonctionne pas alors que c’est faux. Il faut simplement avoir une vision à long terme sans vouloir absolument générer de gros bénéfices dès les premières années. De plus il ne faut pas simplement construire un réseau mais aussi avoir une véritable stratégie sur les services. Le Valais Romand prouve magnifiquement bien que cela est possible et que le consommateur en est le premier gagnant.

2) En utilisant un réseau tiers dans les zones concurrentielles (Genève, Bâle, Zurich, etc) et en exigeant l’accès à des conditions réglementées dans les campagnes et les montagnes, ils protègent leurs marges et le business des villes et des entreprises électriques. En effet aujourd’hui, que ce soit dans le mobile ou le fixe c’est en grande partie Swisscom qui fixe les prix du marché; par conséquent si l’opérateur historique doit à la fois investir dans les zones non rentables et ouvrir son réseau à des prix décidés politiquement cela influencera directement les prix finaux pour les consommateurs tant en ville qu’à la campagne.

Par conséquent grâce à cette stratégie les opérateurs alternatifs utilisant un réseau présent uniquement dans les zones rentables pourront tout en étant plus avantageux que Swisscom se garantir des marges élevées. Et ils pourront encore et toujours répéter jusqu’à la fin des temps que Swisscom est beaucoup trop cher!

Les petits téléréseaux doivent bien réfléchir à ce qu’ils veulent!
Si la nouvelle stratégie d’UPC est assez logique, par sûr que pour les autres téléréseaux et membres de Suissedigital ce changement de vision soit très judicieux. Le but d’UPC est simplement d’étendre son programme Autostrada et de répéter ce qui se fait à Lausanne sur l’ensemble du territoire pour au final bouffer tous les autres petits téléréseaux. Membres de Suissedigital réveillez vous avant qu’il ne soit trop tard. Votre seule richesse c’est votre réseau!

Distorsion de concurrence
A l’heure où dans certaines régions il existe jusqu’à trois réseaux physiques différents, toute intervention du régulateur envers un seul et unique acteur aurait non seulement pour conséquence une distorsion de la concurrence mais en plus le maintien de prix artificiellement hauts pour les consommateurs sur l’ensemble de la Suisse ainsi qu’un déploiement du haut-débit beaucoup moins rapide dans les zones non-rentables. De plus la LTC doit avoir pour seul et unique but de garantir l’accès au réseau des opérateurs n’ayant pas d’accès au dernier kilomètre; ceux qui peuvent proposer leurs services à leurs clients via leur propre infrastructure, ne doivent absolument pas en bénéficier.

Espérons donc que les parlementaires, plus particulièrement ceux des zones rurales réfléchissent bien à ce qu’ils veulent pour l’avenir. Mais c’est pas gagné!

© pascal martin (c)

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7 commentaires

  1. UPC ne pourra pas aller dans les zones où il n’y pas de fibre en vrai FTTH de Swisscom.

    Dans le canton de Vaud, C’est Lausanne, Yverdon, Montreux et Gland, ailleurs pas de FFTH.

    A Yverdon et Montreux UPC est déjà présent, Lausanne c’est en cours via le FFTH, et à Gland rien d’annoncé.

    Donc je ne vois pas trop comment UPC pourrait menacer le petit cablos de la vallée de Joux, son réseau est en FTTH et coax mais 100% entre ses mains, Swisscom ne peut pas y accéder, pas plus que UPC

  2. Le but d’UPC est simplement de pouvoir proposer ses services. Le jour où ils peuvent accéder à un réseau tiers moins cher qu’en le construisant ils n’n’hésiteront pas quelque soit la technologie. Ils ont d’ailleurs de nombreux centraux swisscom dégroupés en ADSL.

    Quant au programme Autostrada, il vient marcher sur les plates-bandes des cablos dans les zones rentables. Pourquoi le faire où ça rapporte et ailleurs vouloir accéder au réseau swisscom sans le payer?

    Et dans le monde globalisé dans lequel nous vivons les petites entitées n’ont que peu d’avenir. Avec ou sans UPC les consolidations parmi les plus de 200 réseaux à travers le pays sont inévitables.

  3. Je suis d’accord avec vous que pour les zones rurales cette révision serait très dommageable mais pour les villes? Cela se passera comment si on ne sauve pas les entreprises électriques et les investissements des villes?

  4. Ce qu’il faut éviter c’est de revenir au temps du cuivre ou il y avait un monopole sur le dernier kilomètre. Comme je le dis dans le billet, dans les villes il y a souvent trois infrastructures distinctes sur le dernier kilomètre: Swisscom, câblo, entreprise électrique. L’idéal est de maintenir la concurrence sur les infrastructures entre deux réseaux bien distinct. Mais cela ne veut pas dire que pour le 3e acteur ce serait la faillite, le réseau restera toujours un bien précieux, il pourra collaborer avec un des deux autres acteurs en louant son ou des partie de son réseaux.

    D’ailleurs, dès le départ c’était prévu que les entreprises électriques et les villes ne proposeraient pas leurs propres services; le problème principal c’est qu’aujourd’hui les opérateurs alternatifs préfèrent souvent la voie de la facilité en louant le réseau Swisscom plutôt que celui des villes construits exprès pour eux.

    Mais encore une fois, le but le la loi est de permettre aux opérateurs sans réseaux de pouvoir travailler… dans un marché où plusieurs réseaux physiques accessibles à tous les opérateurs existent ce n’est pas au régulateur d’agir.

    Mais le problème le plus important qui découle de cette loi si elle est acceptée, c’est que ce sont les zones rurales et les moins bien desservies qui vont sponsoriser les villes qui ont le choix entre plusieurs fournisseurs pour du très haut-débit. C’est simplement injuste.

  5. Bonjour,

    Le 25 aout, Salt m’a proposé une offre par téléphone, sur un numéro prépayé. On m’a avertit que sous 24/48h le contrat me parviendrait par email et courrier.
    La carte SIM est arrivée mercredi 30 aout, acompagné d’un courrier non signé, sur la procedure d’activation et l’absence du numéro de téléphone.
    A ce jour, je n’ai toujours pas de contrat et j’étais dans son attente, afin de décliner finalment leur offre.
    Hier matin, pendant 1h, j’ai été redirigé vers 3 numeros de téléphone différent (0800 700 700, 0800 780 796 et 0800 078 078). On m’a finalement dit que je devais aller en magasin pour résilier.
    La gérante du magasin ou je me suis rendu, m’a expliqué que de fausse informations m’ont été communiqués et que je devais appeler le 0800 780 100.
    Pendant 30 min, la personne au bout du fil, m’a pris pour une personne ne sachant pas utilizer un email. Elle voulait que je valide mon adresse email d’utilisateur, alors que je n’ai rien reçu (ni dans spam ni indésirable).
    Elle m’a indiquer que j’aurais du de moi meme « faire un petit effort » de contacter Salt, pour obtenir le contrat qui m’est dû.
    Un recommandé est parti chez eux ce matin.

    Vous voila prévéenus des pratiques minables de ces escrocs.

  6. Il me semble que les habitants des zones rurales subventionnent déjà les villes depuis longtemps, en payant le même prix pour des prestations moindres, rien de nouveau, la nouvelle loi pérenniserait ce qui est déjà un fait.

    Et cela serait quoi le système le plus juste « possible » et qui satisferait les opérateurs ainsi que les consommateurs ?

    Pour moi la réaction exagérée de Swisscom n’aide en rien à trouver une solution, bien au contraire, Sc ne veut aucune régulation, comme si la déréglementation à 100% allait faire baisser les prix exagéré du roaming par exemple ou bien faire arriver le FTTH partout, j’en doute …

  7. La question pour les zones rurales est de savoir si elles seront mieux servies et plus rapidement qu’aujourd’hui si c’est les politiciens qui décident des prix d’accès au réseau. Ceci d’autant plus que si le Parlement entre en matière pour un changement cela implique une période d’au minimum 5 à 8 ans d’incertitude totale (plaintes, recours, etc) durant lesquels les investissements vont se limiter au strict minimum.

    Si l’on parle de régulation le système le plus juste était celui de la taxe de raccordement (25,35) fixée par les politique pour permettre le raccordement de l’ensemble du territoire. Mais dans la situation actuelle cette taxe ne remplit absolument plus son rôle puisque tous les clients quelque soit leur fournisseur (Swisscom, Sunrise, UPC, etc) la paie mais seule une petite partie du montant payé est réellement utilisé pour le développement du réseau dans les zones non rentables.

    La réaction de Swisscom ou de n’importe quel opérateur dont le business est directement concerné ne peut être que exagéré; ces communiqués servent uniquement à défendre les intérêts des uns et des autres, pas ceux des clients. Le seul intérêt des communiqués publiés hier vient du fait que UPC et les téléréseaux disent aujourd’hui noir alors que jusqu’à présent ils disaient blanc. C’est ce changement total de stratégie qui est important; et cela ne présage vraiment rien de bon pour les zones rurales! C’est aussi la mort assurée de la concurrence sur les infrastructures ainsi que celle de tous les câblos autres que UPC. C’est dire à quel point pour Suissedigital c’est un véritable autogoal.

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