Fribourg: fin du partenariat FTTH avec Swisscom

On apprenait hier que Swisscom se retirait de ftth fr, association regroupant également Groupe E, Gruyère Energie, IB-Murten et le canton de Fribourg. Cette nouvelle n’est pas vraiment surprenante puisque de mon côté, en 2011 déjà (avant même la création formelle de ftth fr) je disais que Swisscom n’avait plus aucun intérêt d’être partie prenante dans de tels partenariats.

Pour en comprendre le pourquoi du comment, il faut se souvenir de la raison pour laquelle Swisscom s’est lancé dans ce genre de partenariats. En 2007, les Zurichois acceptaient à une très large majorité le déploiement d’un réseau de fibre optique et des villes comme par exemple Sierre en Valais étaient déja bien avancées dans la fibre optique. Bien assis sur son monopole sur le réseau cuivre, l’opérateur historique se rend compte un peu tard du danger qui le guette… Carsten Schloter, le défunt patron de Swisscom a donc une idée de génie qui pourrait permettre à son entreprise non seulement de combler son retard mais en plus d’empêcher que comme pour le cuivre le régulateur puisse intervenir sur la fibre. L’idée est simple, abandonner la concurrence sur les infrastructures en regroupant tous les acteurs (téléréseaux, entreprises électriques, etc) pour construire un réseaux commun à 4 fibres et faire jouer la concurrence uniquement sur les services.

La COMCO pas dupe
Malheureusement pour Swisscom, contrairement à son réseau cuivre les réseaux coaxiaux des téléréseaux étaient à cette époque beaucoup mieux armés pour évoluer et rapprocher progressivement la fibre optique des consommateurs; si bien que à l’exception des SIL à Lausanne, aucun téléréseau n’a accepté d’entrer dans son jeu et Carsten Schloter à perdu son pari. Autre problème, la COMCO n’était pas dupe de l’objectif caché de Swisscom et ne s’est pas gênée de le dire. A partir de là, Swisscom n’avait plus aucun intérêt dans ce genre de partenariats et annonçait le gel de tout nouveau contrat FTTH.

La technologie évolue très vite
Mais ce qui aura donné le coup de grâce à ce partenariat, c’est les nouvelles technologies sur le cuivre comme le G-fast ou le vectoring qui permettent de rapprocher la fibre du client en continuant d’utiliser le réseaux cuivre existant sur la dernière portion du câble. Cela permet d’offrir du très haut débit à des coûts bien inférieurs que le FTTH. Car même si au final il faudra tôt ou tard passer au FTTH, la transition peut se faire bien plus en douceur. Et surtout les clients s’en fichent de savoir si ils sont reliés en fibre ou en cuivre; ils veulent juste pouvoir disposer d’une connexion Internet performante et avoir accès à tous les services en matière de télévision.

Et maintenant? Beaucoup de questions?
Le retrait de Swisscom du projet fribourgeois pose beaucoup de questions. Car même si ftth fr annonce vouloir continuer à développer le réseau fibre, comment les choses se passeront en pratique? Que se passera-t-il lorsque Swisscom sera contraint de moderniser son réseau dans une commune équipée par ftth fr? Le géant bleu construira son propre réseau ou voudra quand même avoir accès au réseau existant?

Pour le canton également beaucoup de questions vont se poser. Est-il judicieux de vouloir poser de la fibre jusque dans les salons dans les endroits les plus reculés? Si une commune ne dispose aujourd’hui pas d’un réseau câblé peut-être mais si c’est le cas, mettre de l’argent publique dans la modernisation des réseaux existants serait certainement plus économique et surtout beaucoup plus rapide que de construire un nouveau réseau FTTH. Et dans un système basé sur la concurrence sur les infrastructures, comment utiliser cet argent publique sans fausser la concurrence?

Quoi qu’il en soit, en proposant ses services tant sur le coax, le DSL et sur la fibre, net+ fribourg est aujourd’hui armé pour rester dans la course et servir au mieux les Fribourgeois, même sans Swisscom.

© pascal martin

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4 commentaires

  1. J’ai quand même de la peine à comprendre Swisscom…

    Il est clair qu’ils veulent favoriser le G-Fast mais ceci implique la pose d’énormément de PUS (buffet de quartier) avec des équipements actifs et des onduleurs/batteries pour parer à toute coupure de courant. La gestion et la maintenance de ces points risquent d’être de plus en plus compliquées et coûteuses.

    L’avantage du FTTH, c’est que les équipements actifs se retrouvent dans les POP. Tout ce qui se trouve sur le terrain est de l’équipement passif. Ce qui implique beaucoup moins de maintenance, au moins sur le terrain, dans les quartiers.

    De plus, comme vous le dites dans votre billet P@scal, Swisscom va certainement un jour redemander à ftth fr de bien vouloir l’autoriser à utiliser le réseau fibre existant pour pouvoir proposer à leur client un accès à la fibre optique. Ce serait une aberration qu’ils reconstruisent un réseau fibre alors qu’il sera déjà existant. Par contre, quel montant devront-il débourser auprès de ffth fr ? Il sera certainement beaucoup plus conséquent que s’ils avaient continuer leur partenariat…

    Donc Swisscom va débourser au final beaucoup plus d’argent… Et combien de temps les différents équipements de terrain vont-il tenir ? Qui va devoir payer tout ce matériel et cette maintenance ? Encore une fois, les consommateurs…

    Ce qui me fait quand même rire au passage, c’est que Swisscom vante son G-Fast et les PUS comme de la nouvelle technologie alors que cela fait plus de 10 ans que les téléréseaux tire de la fibre optique dans leurs buffets de quartier et augmentent les noeuds optiques, tout en diminuant les longueurs de câbles coaxiaux. J’ai plutôt l’impression que Swisscom a 10 ans de retard…

    Bonne journée

  2. Petit ajout, le téléréseau de Gland et environ (SEIC) a conclu un partenariat avec Swisscom pour du FTTH, si Gland est terminé, c’est en cours pour les communes avoisinantes.
    Donc il n’y a pas que Lausanne comme téléréseau qui a un accord avec Swisscom.

    Avez vous des nouvelles de la collaboration haut valaisanne http://www.danet-oberwallis.ch. ?
    En regardant leur site web c’est assez proche du projet fribourgeois.

    Évidemment ce retrait de Swisscom et l’abandon des futures collaboration va porter un coup d’arrêt au déploiement du FTTH en Suisse.

    Même les cablos vont privilégier le DOCSIS 3.1 vite déployé pour bien moins de dépenses

  3. Il ne s’agit pas d’un coup d’arrêt à la fibre optique puisqu’elle se rapproche du consommateur. Comme écrit dans mon billet, le client s’en fiche de savoir si il est en FTTS, FTTB…

    Par contre, c’est certainement un coup d’arrêt à l’adaptation au FTTH des colonnes montantes et des équipements intérieurs aux frais des opérateurs. Et ça c’est plutôt une bonne nouvelle pour les zones défavorisées.

    Il n’y a aucune raison qu’à moyen terme que dans le Haut-Valais les choses soient différentes qu’à Fribourg; mais tout dépend des contrats signés et des engagement pris.

  4. Swisscom a publié ses chiffres pour 2016 et dans le communiqué de presse qui va avec, je lis ceci :

    « Des architectures réseau innovantes en association avec G.fast permettent à Swisscom d’élargir son réseau deux fois plus rapidement et à un tiers des coûts en comparaison avec une pure technologie fibre optique »

    Si ce n’est pas l’annonce de la mort de la pose de la fibre optique « dans le salon » pour les prochaines années cela y ressemble furieusement.

    En résumé cela coûte 3 fois moins cher en allant 2 fois plus vite, il n’y a pas photo…

    Qu’adviendra-t-il des autres collaborations en pleins travaux ?

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