FTTH: la France envie-elle vraiment le modèle de Swisscom?


L’opérateur alternatif français FREE saluait la semaine passée la proposition de l’ARCEP de poser des fibres surnuméraires dans les montées d’immeuble. Partant de cette annonce, certains affirment en Suisse que le modèle à 4 fibres de Swisscom ferait des heureux en France. Mais est-ce vraiment le cas? Contrairement à la Suisse, en France la fibre est régulée. En ville, le point de mutualisation (comme ils appellent ça en France) se situe dans les rues, et dans les zones moins peuplées ce point de mutualisation sera fait au niveau du quartier voire du village. De plus, à ma connaissance, en France pour les villes, il est prévu qu’un opérateur unique par immeuble fournisse l’ensemble des prestations du point de mutualisation jusqu’à la prise de l’abonné. Avec cette solution, FREE qui utilise une technologie différente de France Telecom n’a pas accès à ses clients. C’est pour cette raison, et uniquement cette raison que FREE demande la pose de fibres surnuméraires. Si l’opérateur français pouvait servir ses clients sur la fibre prévue il n’exigerait en aucun cas la pose de plusieurs fibres.

1 ou 4 fibres
En ce qui concerne la Suisse, les fournisseurs peuvent-ils avoir accès à leurs clients avec leur propre technologie avec une solution monofibre ou chaque opérateur doit-il obligatoirement disposer de sa propre fibre?
Pour répondre à cette question, prenons l’exemple de la situation actuelle avec le cuivre (dernier kilomètre). Les opérateurs arrivent avec leurs fibres dans les centraux Swisscom. Pour arriver chez les abonnés ils louent le dernier kilomètre à Swisscom puisqu’il n’y a qu’une seule paire de cuivre qui va chez le client. Cela n’empêche absolument pas les fournisseurs d’opter pour leurs propres technologie (ex. ADSL2+ pour VTX et Sunrise). Swisscom connecte simplement la paire de fils de cuivre sur les équipements du fournisseur du client.

Techniquement, ce même principe pourrait très bien être étendu à la fibre. Que le dernier kilomètre soit un fil de cuivre ou une fibre ne change absolument rien. Avec une seule fibre chaque fournisseur peut utiliser sa propre technologie dans les centraux et amener cette technologie directement chez les clients. Aucune différence avec aujourd’hui. La seule différence réside peut-être dans le fait qu’avec cette solution, il ne sera pas possible de choisir un fournisseur pour la TV et un autre pour l’Internet par exemple; le client ne pourra avoir qu’un seul fournisseur. Mais en même temps, même si cela s’avère possible techniquement si plusieurs fibres sont posées par ménage, économiquement cela ne sera de toute façon pas viable. Les fournisseurs proposeront des offres triple play avantageuses mais les prix pour les services isolés seront beaucoup plus élevés.

Irréalisable dans la pratique
Mais il y a un petit problème. En FTTH, Swisscom a un train de retard, des réseaux de fibre existent déjà comme à Sierre, Zurich, etc. On ne peut pas aujourd’hui venir dire à ces gens que dès à présent ils devront passer par le dernier kilomètre de Swisscom! Un autre problème surgira également le jour où Cablecom décidera de passer à la FTTH puisqu’il devront également louer ce dernier kilomètre; chose que Cablecom n’est pas prêt à faire non plus.

Mais une extention de la LTC valable pour le cuivre a un autre inconvénient majeur! Comme il n’y a qu’un dernier kilomètre, son prix sera régulé par le législateur. Swisscom s’oppose résolument à toute régulation et veut pouvoir fixer ses prix comme elle l’entend sans aucune intervention de l’Etat. C’est pour cette raison que Swisscom milite pour que plusieurs réseaux cohabitent. Et dans la pratique ils ont raison; où plusieurs réseaux cohabitent déjà, il n’y a pas d’autre choix que de laisser le marché se réguler par lui-même. Tôt ou tard, les impératifs économiques prendront le dessus et forceront les opérateurs à travailler ensemble. Même si je trouve stupide de construire plusieurs réseaux, comme il n’y a plus d’autres choix, je suis pour la concurrence sur les infrastructures dans les villes comme le propose Swisscom.

Et pour les 66% restants?
OK donc pour le modèle Swisscom dans les villes où la concurrence entre opérateurs peut fonctionner mais pour les autres? Il est utopique d’imaginer que la concurrence sur les infrastructures pourra fonctionner en dehors des grandes villes. Les opérateurs vont-ils se battrent pour aller poser de la fibre où cela n’est pas rentable? Il ne faut pas rêver! Pour ces zones, il faut donc choisir la solution la plus économique possible.

Par conséquent, s’il est aujourd’hui trop tard pour le régulateur d’intervenir dans les villes où plusieurs réseaux cohabitent, ce n’est pas trop tard pour tout le reste du territoire. Pour pouvoir garantir au plus grand nombre l’accès à la fibre avec le moins de délai possible au prix le plus bas, le régulateur doit agir aujourd’hui. Et pour ce 66% de la population, une extension de la LTC à toutes les technologies et non seulement au cuivre ne pourrait être que bénéfique!

Et qu’on ne me viennent pas me dire que cette solution affaiblirait Swisscom. Une extension de la LTC à la fibre empêcherait peut-être de gros bénéfices à court terme mais à long terme Swisscom sera de toute façon gagnante. Sans même parler du fait que le géant bleu garderait ainsi la mainmise totale sur le seul réseau de fibre couvrant la totalité du territoire.

© pm

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3 commentaires

  1. Les idées du scal pour les 66% restant sont tout à fait correctes et fondées, c’est une bonne manière de voir les choses.

    Car si aucune régulation n’est imposée, il est évident que nous allons directement dans un fractionnement du pays avec 2 zones bien distinctes.
    Ceci est inimaginable en Suisse, cela pourrait même se retourner contre les entreprises responsables de cet état de faite.

    Je pense que les régions et cantons exclus du 1er projet déjà annoncé ne vont pas tarder à monter au créneau.

    Pour le moment laissons Swisscom déployer sa fibre, car ensuite pour vendre les offres cela sera bien plus difficile, car comme pour BluewinTV … les suisses sont « hélas » déjà tous abonnés au câble (> 85%) … vont-ils changer ? … Rien n’est moins sur !

    On ne peut pas prétendre que BluewinTV fasse un tabac dans le public et cause la perte des cablos-opérateurs, pour le moment ce ne sont que des miettes, pas plus de 4% (env. 120’000 BTV contre près de 3’000’000 pour le câble).

    Tout comme la TV numérique sur le câble qui peine à se répandre, selon les données fournies par Swisscable, pas plus de 22 % des ménages suisses possèdent un décodeur TV numérique pour le câble, c’est moitié moins que les pays voisins.

    Le bipède « helvétique » n’aiment pas les changements, c’est bien connu, alors attendons de voir les offres fibres !

  2. Vous me décevez beaucoup de dire qu’il ne faut pas de régulation dans les villes. C’est un non sens de constuire plusieurs réseaux et après vous dites que vous défendez les consommateurs.
    Regardez votre sondage vous voyez bien ce que veulent les consommateurs.
    Il faut de la régulation sur la fibre dès maintenant.
    Ouvrez les yeux SVP!

  3. Bonsoir,
    C’est une solution pratique qu’il faut trouver, pas théorique. La régulation n’a de sens et n’est possible que si il y un acteur en position dominante et un seul réseau. Dans certaines villes il y a déjà plusieurs réseaux, on ne peux pas exproprier des réseaux. Si vous avez une solution, proposez là. A mon avis, on ne peut rien faire d’autre que de voir comment ça va évoluer et intervenir lorsque que la position dominante d’un acteur sera véritablement là.

    En dehors des villes il y aura de toute façon un seul réseau et par conséquent automatiquement position dominante, donc la régulation est inévitable. Mais en ville je ne vois vraiment pas comment faire. Et je vous assure que c’est bien à la place du consommateur que j’essaie de me mettre en disant cela.

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